Le 4 janvier 2017

Le gigantesque casino

Pourquoi les entreprises doivent prendre des risques

 

Une nouvelle année commence et tous – dirigeants, observateurs, consommateurs – se posent la même question : parviendrons-nous à renouer avec la prospérité? Saurons nous faire décoller notre économie sur l’échelle globale et vaincre la crise?

Une chose est sûre, avec la transition numérique nous abandonnons tout vestige du XXe siècle avec son modèle d’une économie de production et de consommation de masse. L’économie numérique introduit un nouveau paradigme qui change tout : infrastructures, organisation, filières, biens, services et modes de vie.

Ainsi, les secteurs essentiels des transports ou de l’énergie cèdent la place à un écosystème nouveau : Internet, GPS, plateformes de cloud computing, BIG DATA, objets connectés … sont autant d’éléments novateurs qui demandent la prise de risque, une plus grande créative, l’expérimentation constante.

La multitude, véritable levier de l’économie

Des milliards d’internautes connectés, des communautés virtuelles avec un vrai pouvoir d’influence, des blogueurs, des youtubers plus importants que la presse nationale et internationale, des utilisateurs « lamda »  équipés d’applications numériques et d’outils technologiques dernier cri.  Voici le cadre socioculturel et économique dessiné par la révolution digitale.

Si pendant les Trente Glorieuses l’objectif stratégique était la maîtrise des ressources pétrolières, aujourd’hui la priorité des entreprises est celle de forger une alliance durable et sincère avec cette multitude d’individus connectés.

C’est exactement ce que les grands géants du web ont fait pour sortir du lot et dominer l’économie globale. Des structures qui prennent la forme (et le risque) d’entreprises, qui se distinguent  par leur présence en tête du classement mondial du chiffre d’affaires dans le secteur informatique et qui ont su se construire les plus grosses bases utilisateurs du monde.

Surnommés GAFA, acronyme de Google, Apple, Facebook, Amazon, ces bâtisseurs d’empire sont soucieux d’aller vite, s’impatientent d’innover et voient les choses en grand. Pour vous donner quelques chiffres :

  • Facebook serait utilisé par plus d’1 personne sur 7
  • Google Gmail aurait 500 millions d’utilisateurs
  • Twitter aurait 500 millions d’utilisateurs
  • LinkedIn aurait 200 millions d’utilisateurs
  • Amazon aurait 121 millions de clients

On peut aussi évoquer le gigantisme du stockage de ces entreprises  : à titre d’exemple, en 2011 Facebook stockait déjà plus que 140 milliards de photos

Le « digital » dévore le monde

Inspirée par les propos de Marc Andreessen, concepteur du premier navigateur graphique, Mosaic, cette déclaration « le digital dévore le monde » parle clair. Aujourd’hui les entreprises qui savent se servir des technologies numériques, qui ont construit une relation forte avec la « multitude » et dominent stratégiquement le marché mondial sont toutes des entreprises digitales. Leur dénominateur commun ? Se donner la priorité stratégique de la croissance par l’innovation, tout en étant au service de leurs utilisateurs.

C’est en 1996 que l’économiste W. Brian Arthur compare l’économie des rendements croissants  – comme par exemple notre économie numérique – à un gigantesque casino. Les entreprises qui dominent la scène sont celles qui ont su prendre des risques mais aussi choisir leur table de jeu : dans une société en pleine transition numérique, donc encore instable et évolutive, la filière qui saura se lancer, miser gros et prendre de l’avance aura une réelle chance de « conquérir » le monde. 

Car Brian Arthur déclare : « la concurrence ressemble à un casino. Les joueurs s’appellent Gates, Gerstner, Grove etc. Les tables de jeu s’appellent « Multimédia », «Web », « Paiement électronique » etc. Vous vous asseyez à une table et demandez : «Quelle est la mise ? » Le croupier répond : « Trois milliards de dollars. » « Qui sont les joueurs ? » « On le saura quand ils seront là. » « Quelles sont les règles du jeu ? » «Elles se définiront d’elles‑mêmes durant la partie. » « Quelles sont mes chances de gagner ? » « Impossible à dire. ».

Une telle partie n’est pas pour les timides!

Expertise, capacité financière, volonté et courage comptent, mais jusqu’à un certain point seulement. Le succès ira au joueur capable d’extraire du brouillard technologique les nouvelles règles du jeu, et de leur donner un sens. La force de Bill Gates réside moins dans son expertise technique que dans son aptitude à discerner la forme du prochain jeu.

Laisser un commentaire